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 | Sujet: Le sacrifice des loups Mer 26 Mar - 14:01 | |
| Il était tard, le soleil à l’horizon avait déjà disparu. Ce-nedra était assise en tailleur sur le sable, regardant le reflet de la lune sur la mer. Elle caressait le sable fin qui lui glissait entre les doigts le transformant nonchalamment en verre liquide. La Flamme, cette aptitude à produire du feu qu’elle avait elle-même baptisée ainsi, était totalement imprévisible. Il était impossible d’imaginer ce dont cette magie était capable. Pour Ce-nedra, elle n’avait aucune limite à part peut-être, la force spirituelle de son possesseur. L’air se rafraîchissait à vue d’œil mais elle ne s’en souciait guère. Son corps compensait automatiquement les écarts de température… Bref, qu’il pleuve qu’il neige ou qu’il vente, lorsqu’elle était en forme comme ce soir-là, peu lui importait. Ce-nedra posa un regard absent sur la lune. Pourquoi était-elle ici ce soir ? Son instinct l’avait-il trompé ?
Non, elle en était sûre. Elle l’avait vraiment senti, cette anomalie, cette perturbation qu’elle seule à Seisui était apte à percevoir. Elle mettait cela bien sûr sur le compte de son sang Kakonais et bien qu’elle ne sache utiliser la magie noire elle pouvait quand même la ressentir.
Elle attendit, perdant la notion du temps au fil des heures qui s’écoulaient comme le sable entre ses doigts. Si bien que lorsque qu’elle détourna son regard de la lune, elle s’aperçut que tout le sable autour d’elle était devenu verre. Elle songea un instant à rentrer, commença à se lever puis se ravisa. Depuis quand n’avait-elle pas dormi à la belle étoile ? Elle faillit s’étouffer de rire en songeant à sa dernière escapade nocturne quelques années auparavant.
- La tête de ce vieux Muriko ! souffla-t-elle entre deux rires en repensant au savon qu'il lui avait passé.
Elle se laissa tomber sur le sable. Le ciel brodé d'étoiles scintillantes était absolument magnifique. Elle ferma les yeux, mâchonna une mèche de cheveux comme à son habitude et s'endormit.
Un bruit, une éclaboussure, quelqu'un semblait se noyer. Ce-nedra se redressa brusquement, les sens en alerte, assistant malgré elle à un bien horrible spectacle. Des loups par dizaines se jetaient dans la mer. Ils arrivaient des fourrés et affluaient toujours plus nombreux sur la plage. Ils la bousculaient, la remarquaient à peine et se lancer inexorablement dans l'eau froide de l'océan. Ils pataugeaient, se débattaient, hurlaient à la mort et se noyaient.
La jeune femme retrouva ses esprits, il fallait les empêcher d'aller dans l'eau. Que fuyaient-ils ? ou plutôt, pourquoi l'eau les attirait-t-elle ainsi ? Elle courut le long du rivage jusqu'au bord de l'eau. L'océan dans le dos, elle écarta les bras d'est en ouest pour créer une barrière de feu. Des loups normaux auraient fui devant les flammes mais ceux-là y étaient indifférents. Elle hurla au Vent, commanda à la Terre et ordonna au Feu de créer le plus solide kekkai qu’elle n’eut jamais produit. C’est alors qu’un immense mur de verre plus épais que la longueur d’un pouce se dressa entre les loups et la mer. Il en arrêta quelques uns au début puis finit par se briser en milliers d’étincelles de verre et de sang devant les assauts terribles des animaux. Vidée, la jeune femme tomba le nez dans le sable, inconsciente.
Lorsqu’elle se réveilla quelques heures plus tard, le clapotis de l’eau avait cessé. La mer était à nouveau, lisse, calme, morte, comme si rien de ce à quoi elle avait assisté ne s’était passé. Il n’y avait aucun cadavres sur la rive. Il ne restait de tout cela que les éclats de verre de son kekkai cristallin ainsi que le sang violacé des loups qui teintait l’écume des vagues d’un pourpre irréel. Que s’était-il réellement passé ? Quelle était cette folie ? Elle se releva, pantelante, crachant su sable et se rendit compte qu’elle avait chuté sur quelque chose de mou. Elle attrapa la touffe de fourrure grise sur laquelle elle s’était évanouie. Ce n’était qu’un louveteau, seul rescapé de ce suicide collectif. Il n’était pas bien gros, pensa la jeune femme et ses côtes saillaient sous son poil argenté. Son museau était étroit et court et sa truffe, humide tout comme ses yeux ambres. Une longue raie de poils blancs courait le long de sa colonne vertébrale. Elle l’examina en douceur et il se laissa faire bien qu’il montra les crocs à une ou deux reprises. Il ne semblait pas blessé.
Ce-nedra le reposa sur le sol et avec un pincement au cœur s’éloigna sans un regard en arrière. - On n’apprivoise pas l’inapprivoisable, se convainquit-elle durement. Ce ne serait pas l’aider que de la ramener à Seisui…La cité n’était plus très loin désormais et elle savait que le louveteau la suivait. Il gémissait, et gambadait innocement à quelques pas de la jeune femme. Elle accéléra le pas en direction de sa cité comme sourde à ses complaintes jusqu’à ce que sa patience s’effrite.
- Tu vas arrêter de me suivre à la fin ? S’égosilla-t-elle.
Le louveteau s’arrêta, la regarda ses yeux humides et gémit à nouveau. Ce-nedra se retourna, feignant l’indifférence et reprit sa route, puis s’arrêta de nouveau, puis reprit et ainsi de suite jusqu’à ce qu’elle se lasse de ce petit jeu. Évidemment, le vainqueur fut le louveteau qui eut le privilège de finir le trajet dans les bras de la jeune femme, lui léchant le visage dès que l’occasion se présentait.
- Je suis sûrement folle et complètement dépourvue de raison, s’exclama-t-elle en serrant contre elle le petit loup.
Le soleil se leva, arrachant un juron à la jeune femme. Elle aurait encore droit aux sermons de ce vieux hibou de Muriko. Elle n’y couperait pas c’était certain. Seulement, pensa-t-elle, au vu de ce qu’il s’était passé cette nuit… Les portes de la cités étaient en vue, ainsi que les 4 immenses statues de pierre qui entouraient la cité, chacune représentant un élément fondateur de la magie élémentaire. Elle parcourait les derniers mètres en courant, priant pour que « hibou-sama » ne soit pas encore levé, quand soudain, la statue de la porte Sud (porte qu’elle s’apprêtait à franchir), s’anima sous ses yeux ébahis et pointa un doigt de pierre menaçant d’une dizaine de fois plus gros qu’elle. Elle en était certaine maintenant, Muriko était réveillé… |
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